NANA MOUSKOURI

UNE VIE, UN DESTIN

NANA MOUSKOURI est née en Crète le 13 octobre 1934. Fille d’un projectionniste et d’une ouvreuse de cinéma, elle grandit avec les musiques de films et le rêve de sa mère de devenir chanteuse. Dans les années ’40, son pays connaît l’occupation et la guerre civile. Nombreuses et troublantes, les images d’horreur façonnent sa personnalité. Introvertie et complexée, la jeune Joanna, de son véritable prénom, développe une détermination surprenante.

Tous les jours, Nana accompagne son père à son cinéma. Pendant qu’il s’affaire à ajuster son projecteur, elle aime monter sur la scène pour contempler la salle vide. Lors de la réouverture des théâtres après la guerre, Nana a dix ans. Pour la première fois, elle fait une découverte fascinante; en observant les spectateurs, elle sent qu’après la projection, ils ne sont plus les mêmes, que le film les a transformés. Quelques mois plus tard, toute la famille assiste à une comédie musicale. Pendant toute la représentation, Nana pleure, non pas à cause de l’histoire, mais parce qu’elle aurait aimé être sur scène. Comme elle chante tout le temps, ses parents décident de l’inscrire à des cours de chant avec sa sœur Jenny. Des deux, seule Nana décidera de continuer.

Huit années passées au Conservatoire d’Athènes à étudier le chant classique lui permettent de trouver sa vocation et de découvrir que son univers musical ne se limite pas à un style. En 1956, elle fait ses débuts à la radio en chantant du jazz et du populaire. Puis, elle devient chanteuse d’orchestre dans les tavernes de la Plaka. Deux ans plus tard, c’est la rencontre avec MANOS HADJIDAKIS, père de la Renaissance de la Chanson grecque, qui lui propose de composer pour elle. Le 3 octobre 1959, il la présente au FESTIVAL DE LA CHANSON HELLÉNIQUE où elle remporte le premier prix avec "Kapou iparhi i agapi mou". En quelques mois, cette chanson en fait la chanteuse la plus populaire de son pays.

Peu à peu, Nana découvre qu'elle se destine à une carrière internationale. Le tour de chant qu'elle présente tous les soirs dans les clubs d'Athènes devient de plus en plus multilingue. En septembre 1960, à Barcelone, lors de son premier voyage à l’étranger, elle est lauréate du FESTIVAL DE LA CHANSON MÉDITERRANÉENNE avec "Xypna agapi mou". À son retour en Grèce, elle chante sur la bande sonore du documentaire allemand "Traumland der Sehnsucht" dont Hadjidakis a écrit la musique. Après avoir obtenu un OURS D’ARGENT au festival du film de Berlin, la maison de disques Fontana demande à Nana d’enregistrer deux des thèmes principaux en langue allemande: "Addio" (Athina) et surtout "Sans sfirixis tris fores" qui devient "Weisse Rosen aus Athen". Ce disque remporte un succès colossal. En moins de six mois, les ventes dépassent le million d’exemplaires.

En juin 1962, à la demande de QUINCY JONES, elle s’envole pour New York. Ce séjour s’avère comme sa deuxième école musicale depuis le Conservatoire. Le jour, on lui donne des disques à écouter et le soir, on l’emmène à Broadway ou dans les boîtes de Harlem et de Greenwich Village. De ce voyage, naîtra son tout premier album intitulé "The Girl from Greece Sings", dans lequel elle chante de grands standards américains accompagnée par l’orchestre de TORRIE ZITO. À la fin de l’été, Nana s’installe en France. Elle s’adapte à la vie parisienne, apprend le français et l’allemand sur le tas et réussit à perdre plusieurs kilos. Malgré sa discrétion et ses lunettes, la jeune chanteuse grecque se sent prête à conquérir tous les pays européens occidentaux.

Le 23 mars 1963, Nana représente le Luxembourg au CONCOURS DE L’EUROVISION à Londres. Elle y interprète "À force de prier", une chanson écrite pour l'événement. Sa prestation lui permettra de se faire remarquer par la productrice de l’émission, YVONNE LITTLEWOOD, qui lui confiera quelques années plus tard l’animation d’une série de programmes musicaux sur la BBC. D’autre part, HARRY BELAFONTE, de passage à Londres, la remarque et la choisit comme artiste invitée pour son prochain spectacle. Ensemble, de 1964 à 1966, ils entreprennent quatre tournées dans les campus et les grands théâtres nord-américains. Puis, ils enregistrent un album de chansons grecques connu sous le titre de "An evening with Belafonte/Mouskouri". Cette expérience enrichissante lui révèle que la scène est l’endroit où elle vit ses plus beaux moments de chanteuse.

Suivant l’exemple de Belafonte, Nana effectue sa première tournée seule avec son orchestre au Québec en 1967. Elle découvre une petite France en Amérique en pleine effervescence qui vit à sa façon son mai 1968, la Révolution tranquille. L’attachement à cette nation l’amènera plus tard à interpréter "Je reviens chez nous", un succès en sept langues. Au même moment, ses chansons en langue française remportent de plus en plus de succès. L’album "Le cœur trop tendre" lui vaut le GRAND PRIX DE L’ACADÉMIE CHARLES CROS et "Le jour où la colombe…", un premier disque d’or. Nana qui a choisi la France comme pays d’adoption est maintenant considérée comme une chanteuse française. Ce succès se concrétise sur la scène de l’OLYMPIA en octobre de la même année. Dans les mois qui suivent, elle établit sa résidence principale à Genève avec son mari, le guitariste GEORGES PETSILAS. C’est en Suisse que naîtront et grandiront leurs enfants (Nicolas en 1968 et Hélène en 1970). Ils n’ont plus de liens artistiques avec leur pays natal qui vient de tomber aux mains des Colonels. Mais Nana continue à chanter la Grèce qu’elle aime et qu’elle a connue, sans se prononcer publiquement sur le régime dictatorial qui durera sept ans.

En 1969, paraît "Over and Over", son premier album destiné au marché anglais. Il reste classé dans les palmarès britanniques pendant 105 semaines! Le succès est immense et Nana peut mesurer sa popularité en Angleterre lors de son premier concert au ROYAL ALBERT HALL de Londres ("sold out" en quelques heures) et lors de sa première tournée dans ce pays. Grâce aux shows télévisés qu’elle anime plusieurs fois par an à la BBC, de 1968 à 1981, sa carrière anglo-saxonne est lancée. Ces séries étant exportées dans tout le Commonwealth et même au-delà, elle devient célèbre dans le monde entier. Son agenda est planifié deux ans à l’avance et elle donne jusqu’à 125 représentations par année, que ce soit en France, en Suisse, en Belgique, en Angleterre, en Hollande, en Irlande, en Allemagne, au Canada, aux États-Unis, au Mexique, au Japon…où elle accumule les prix. Lors de sa première tournée en Océanie, elle reçoit 19 disques d’or de l’Australie et 9 de la Nouvelle-Zélande.

Après avoir partagé la scène depuis leurs débuts, Nana et son mari décident de poursuivre leurs chemins séparément. Georges retourne en Grèce et devient producteur de disques. Pendant quelques mois, Nana met sa carrière en veilleuse, mais ses enfants la convainquent de continuer à chanter. En août 1975, elle se fait photographier devant un mur de disques d’or provenant des cinq continents; on y remarque, distinction rarissime à l’époque, une cassette de platine. "Sieben schwarze Rosen" et "Die Welt ist voll Licht", ses deux nouveaux albums allemands lui permettent de renouveler sa popularité avec le public qui lui a fait connaître son premier grand succès. En France, tous ses albums deviennent or. Ses disques, essentiellement ceux en langue anglaise, sortent partout dans le monde et la rendent à chaque fois plus populaire. Elle mène dorénavant trois carrières en trois langues.

Nana enchaîne tournée après tournée en Europe et en Amérique du Nord. Ses disques se vendent de plus en plus. En 1979, la firme Phonogram lui offre un coffret de 67 disques d'or couronnant ses 20 ans de succès à travers le monde. L'année suivante, au Canada, son album "Roses & Sunshine" devient triple platine. Pendant qu'elle obtient le BILLET D'OR pour plus de 100 000 billets vendus en quelques jours pour sa tournée allemande 1981, son nouveau hit "Je chante avec toi liberté" la propulse au No 1 des ventes en France.


Les 23 et 24 juillet 1984 marquent son grand retour artistique dans son pays après plus de 20 ans d’absence. Elle chante dans un des plus beaux décors du monde: l'ODÉON D'HÉRODE ATTICUS, au pied de l’Acropole à Athènes. Ces deux concerts uniques et mémorables lui confirment qu’elle compte toujours dans le cœur de ses compatriotes. Même ceux qui lui reprochaient son silence pendant la junte militaire lui pardonnent enfin. Ce concert restera son plus beau souvenir de scène. Il sortira en disque et en vidéo et représentera la plus grande vente de l’année en Grèce. Depuis cette date, elle décide de refaire des enregistrements originaux en grec pour ce public et c’est ainsi qu’elle renouvellera cet exploit l’année suivante avec son nouvel album "I Endekati Entoli".

Entre temps, Nana prête sa voix à la musique de la série télévisée "L’amour en héritage". En France, en Belgique et au Québec, le disque devient un des plus grands succès de l’année. La version anglaise "Only Love" est lancée à travers le monde et occupe le premier rang des palmarès en Angleterre, en Irlande, en Hollande, en Suède, en Finlande, en Afrique du Sud et au Brésil. En 1986, après l’entrée de l’Espagne et du Portugal dans la Communauté Européenne, Nana enregistre pour la première fois un album en espagnol et un autre en portugais. Un coup d’essai qui se transforme en coup de maître puisqu’avec "Con toda el alma", elle se retrouve en tête de la liste des plus grands vendeurs en Espagne. Le même scénario se répète en Argentine et au Chili avec "Libertad". Cette percée sur le marché hispanophone l’amène à produire de nouveaux albums dans cette langue.

Alors qu’elle est au sommet de sa popularité, Nana décide de se surpasser en travaillant sa voix comme à l’époque du Conservatoire et enregistre un album de mélodies classiques. Le défi est relevé et le succès au rendez-vous. Il sort dans une vingtaine de pays et se vend à des millions d'exemplaires. Avec ce répertoire, elle entreprend une nouvelle tournée mondiale qui débute par une série de récitals au ZENITH de Paris et par un concert inoubliable au BARBICAN CENTER de Londres en décembre 1989.

Au cours des années ’90, Nana continue d’enregistrer en cinq langues: en français, en anglais, en espagnol, mais aussi en grec en en allemand. Chaque album est unique et a son propre thème. En septembre 1991, sa compilation "Only Love" sort aux États-Unis. Saluée par la critique, elle se vend par centaines de milliers d’exemplaires. Les tournées qu’elle entreprend en Amérique la conduisent de Miami à Détroit, de Los Angeles à Dallas, de Seattle à la Nouvelle-Orléans. Partout, elle fait salle comble.


À partir de 1993, Nana doit concilier sa carrière avec son engagement d'AMBASSADRICE ET REPRÉSENTANTE DU MONDE DES SPECTACLES pour L’UNICEF et plus tard, de 1994 à 1999 avec son poste de DÉPUTÉE GRECQUE AU PARLEMENT EUROPÉEN. Elle continue néanmoins à donner une quarantaine de récitals par année et rajoute l’Amérique latine à son circuit habituel. Sa nomination de porte-parole pour l’UNICEF l’amène à visiter de nouveaux pays: le Vietnam, le Kenya, le Guatemala, la Bosnie, la Bulgarie, la Russie, la Roumanie et le Madagascar, que ce soit pour donner des concerts bénéfices ou inaugurer leurs programmes. Au Parlement, elle oeuvre principalement dans le domaine de la culture, de l’éducation et du développement.

Chanteuse de référence et femme d’engagement, Nana ne compte plus les hommages qu’on lui rend. En juin 1996, à Bruxelles, le Président de la IFPI – Fédération Internationale de l’Industrie discographique – lui présente le PLATINUM EUROPE en hommage à sa carrière en Europe et les millions de disques qu’elle a vendus là-bas. Lors du gala pour le 50e anniversaire de l’UNICEF qui a lieu à Chicago en février 1997, HARRY BELAFONTE remet à Nana la prestigieuse récompense WORLD OF CHILDREN AWARD pour ses activités humanitaires. Le 11 septembre de la même année, elle est décorée CHEVALIER DE LA LÉGION D’HONNEUR au Palais de l’Élysée par le Président de la République française, JACQUES CHIRAC.

Au tournant du millénaire, Nana refait un nouvel album classique dans lequel elle aborde les grands compositeurs, le chant religieux et traditionnel. L’album mythique produit par QUINCY JONES en 1962 "In New York – The Girl from Greece Sings" est ressorti en CD et connaît une seconde carrière. Tandis que les lecteurs de HMV CHOICE le choisissent comme le meilleur album de l’année, catégorie "Easy Listening", la presse le qualifie de "chef d’œuvre méconnu". En Allemagne, il sera certifié quintuple disque d'or. Un soir d’été 2002, elle est l’artiste invitée du Festival de jazz à Stuttgart. Elle chante accompagnée du big band de Radio Berlin. Ce récital inhabituel sera son tout premier DVD et sortira sous le titre de "Nana Swings".

Le 13 janvier 2003, Nana et son producteur ANDRÉ CHAPELLE unissent leur destinée. Ils choisissent de le faire dans l’intimité, en présence de 15 invités dont ses deux enfants. NICOLAS est cameraman. HÉLÈNE (LÉNOU) vient de se lancer dans une carrière solo après avoir été la choriste de sa mère pendant trois ans. De 2004 à 2008, Nana effectue une longue tournée mondiale d’adieux afin de remercier son public qui lui est fidèle depuis tant d’années. Parallèlement, ses intégrales françaises, anglaises et espagnoles voient le jour. Chacune est le témoin d’un patrimoine musical unique autant pour les générations présentes que futures.

Son éloignement de la scène lui procure une liberté sans précédent. Mais le temps lui fait comprendre que la musique demeure sa seule véritable passion. Alors, au printemps de 2012, elle sillonne l'Allemagne, la Suisse et l'Autriche afin de commémorer les 50 ans de sa chanson fétiche "Weisse Rosen aus Athen". Et, de 2013 à 2016, là revoilà en tournée mondiale à l'occasion de son 80e anniversaire.

Une vie, un destin. Celui d’une femme, d’une artiste dont le respect envers le public lui a gagné l’attachement et la fidélité de tous.