Les premiers pas en Amérique

New York, Chicago, Los Angeles, Toronto et Montréal, les villes stratégiques des premiers pas de Nana en Amérique.

Vous rappelez-vous du jour où vous avez entendu la voix de Nana pour la première fois? C'était quand? Vous étiez où? Si vous êtes un fan de longue date, il se peut que vous vous souveniez de l'époque où elle n’était pas encore très connue. Retraçons ici ses premiers pas en Amérique ainsi que quelques détails intéressants qui sont sans doute passés inaperçus.

Les Grecs ont été les premiers à entendre Nana, que ce soit ceux qui vivent en Grèce ou ceux qui ont émigré à l'étranger. Dans les grandes métropoles du Canada et des États-Unis, on retrouve d'importantes communautés helléniques, et dès les débuts de Nana, leurs boutiques spécialisées importaient ses disques de Grèce. Quelques compagnies américaines comme London, President et Riverside ont eu la curiosité d’éditer la chanson "Athina" en grec et en allemand. Tandis que Mercury avait sorti "Ta pedia tou Pirea". Ici, au Québec, certaines stations de radio avaient des 45 tours grecs sous étiquette Fidelity.

En juin 1962, à la demande du producteur Quincy Jones, Nana se rend à New York. Après trois semaines à écouter des disques dans sa chambre d’hôtel et à assister à des concerts à Broadway et à Harlem, elle entre en studio. Elle enregistre 27 chansons sous la direction de Torrie Zito et 7 avec le producteur Shelby Singleton. À l'automne, Fontana, une division de Mercury Records, met sur le marché "The Girl from Greece sings", un microsillon incluant douze titres. Au Canada, il est distribué par Quality Records, compagnie établie à Toronto. Chez nous, il y a un premier tirage mono suivi d'une rarissime édition stéréo. Et le single "Wildwood flower" figure aux palmarès de radio. En novembre, il atteint la 27e place à Chicago, ville où se trouve le siège social de Mercury, et le 37e rang du palmarès canadien.
En 1963 et en 1964, aux USA, "Never on Sunday" et "The voice of Greece", deux recueils de chansons grecques voient le jour. Au même moment, London Records, basé à Montréal, prend en charge la sortie de ses disques avec les albums "À force de prier" et "Mes plus belles chansons grecques". Comme Nana est peu connue, ses super 45 tours français sont importés en petites quantités. On les retrouve principalement chez les grands disquaires montréalais comme Archambault Musique qui se spécialise davantage dans la Chanson française. En septembre 1964, le chanteur Harry Belafonte, qui avait vu sa prestation à l'Eurovision, la convoque à New York pour passer une audition. Le mois suivant, Nana rejoint sa troupe et ensemble, ils entament une tournée d’universités et de collèges américains. Pendant ce temps, au Québec, on commence à entendre "Quatre soleils", une berceuse d'origine grecque. À la station radiophonique CHLN de Trois-Rivières, elle est la chanson la plus en demande. Ce n'est qu'un début, car durant des mois, plusieurs autres stations la feront jouer régulièrement.

En février 1965, "Les parapluies de Cherbourg" sort en salle au Québec. Ce film musical de Jacques Demy met en vedette Catherine Deneuve et Nino Castelnuovo. Il raconte l'histoire de deux amoureux séparés par la guerre d'Algérie. Le film reçoit la palme d'or lors du Festival de Cannes et l'accueil enthousiaste des critiques. Parallèlement, on procède au lancement des thèmes originaux composés par Michel Legrand. Nana a déjà enregistré les deux principales chansons et elles se trouvent dans son album et sur son single qui sortent au même moment.

De mai à septembre, Nana et Harry se produisent dans les plus grands théâtres canadiens et américains. Ils débutent à la Place des Arts où ils tiennent l'affiche pendant deux semaines et terminent au Greek Theatre de Los Angeles où ils donnent 24 représentations. Montréal, c’est la ville où Nana a le plus d’impact parce que ses chansons sont connues et qu'elle assure la partie francophone du spectacle. Les journalistes la rencontrent et lui consacrent des articles qui permettent aux Québécois de mieux la connaître.

En vue de son passage au Canada, on a réédité l’album "The Girl from Greece sings" avec une autre couverture. Aux États-Unis, elle termine "Nana sings", un album produit par Bobby Scott qui sortira en juillet. Afin de montrer un éventail de sa carrière européenne, London Records décide de sortir ses deux albums en allemand et celui en italien. Tous ces albums ne demeureront que quelques années sur le marché canadien et il faudra attendre longtemps avant de les retrouver dans les boutiques d'occasion. Ils proviennent en grande partie de stations de radio, de bibliothèques qui en ont obtenu des exemplaires gratuits ou encore de grands collectionneurs qui achetaient tous les nouveaux disques. Il y a aussi certains fans de l'époque qui se les avait procurés et qui par attachement les avaient précieusement conservés, jusqu'à ce que leurs héritiers s'en départissent.

Chez nos voisins du sud, Nana fait de prestigieux passages télés dont l’émission de variétés de Danny Kaye et le talk-show de Johnny Carson. Belafonte l'invite pour faire deux nouvelles tournées avec lui au cours de 1966. Ensemble, ils enregistrent un album de chansons grecques qui se vend bien, tout comme "The voice of Greece" et "Nana sings". Par contre, des quatre singles sortis là-bas, aucun ne se classe dans les palmarès à l’échelle nationale.

En Amérique latine, plusieurs disques sont pressés au cours de ces premières années. Au Brésil et au Venezuela, il y a l’album "The Girl from Greece sings", en Argentine, celui avec Harry Belafonte et au Chili, les albums "Chants de mon pays" et "Le cœur trop tendre". Quelques-unes de ses chansons françaises paraissent également sur des compilations d’artistes variés ou sur des singles au Mexique, en Colombie, au Pérou et en Argentine. L'ensemble de ces disques n'est en fait qu'un échantillon de ce qui est envoyé à ces différentes franchises. D’ailleurs, ses premières chansons en espagnol ne sont pas commercialisées. De plus, Nana n’a pas encore eu le temps d'aller là-bas.

Ici, au Québec, 10 titres consécutifs occupent les ondes. Après "Quatre soleils", il y a "Les parapluies de Cherbourg", "Quand s’allument les étoiles", "L’enfant au tambour", "Remets mon coeur à l’endroit", "Ce n’était rien c’était mon cœur", "La dernière rose de l’été", "Un Canadien errant", "Ses baisers me grisaient" et "Guantanamera". Avec l'arrivée de nouveaux 33 tours, sa section continue de s'agrandir chez les disquaires. Il y a d'abord "Remets mon coeur à l'endroit", une compilation de ses dernières et premières chansons non éditées ici. Puis, "Chants de mon pays" (Songs of my Land) qui fait suite à son premier album grec et "Un Canadien errant", titre d'un folklore de chez nous. Pour ces deux derniers, une édition spéciale paraîtra sur étiquette Mercury. Il n'y a aucun doute, les Québécois l'ont adoptée et on annonce une tournée solo pour le début de 1967. C'est Samuel Gesser, l'impresario montréalais de Belafonte qui la prendra en charge.

Les premiers producteurs de Nana en Amérique ont concentré leurs efforts du côté des USA. Mais à leur grande surprise, c'est au Québec qu'elle a d'abord percé. Pour Nana, le fait d'enregistrer sur un autre continent et d'y connaître la vie de tournées s'avère une expérience enrichissante. La grande aventure en Amérique est loin d'être terminée. Ce n'est que la fin du premier épisode.