Les disques d'or, un sujet fascinant

 

Nana est sans doute l'artiste que l'on identifie le plus à ses disques d'or. Dans les articles, ils servent souvent de référence et la mention "Le disque d'or" apparaît sur plusieurs compilations. Et, comment ne pas être impressionnés lorsqu'on la voit poser devant son mur de trophées et de savoir qu'elle en a reçu plus de 200 dans sa longue carrière? Le sujet est fascinant et mérite qu'on s'y attarde un peu. Voici un texte évoquant les origines de cette récompense, l'association qui les certifie et les principales périodes d'acquisition de ses disques d'or canadiens.

 

POURQUOI UN DISQUE D'OR?

Un disque d'or est une récompense soulignant la vente d'un certain nombre d'exemplaires. Cette matrice recouverte d'une couche argent, dorée ou platine est la plupart du temps présentée dans un encadrement. Dès sa création, en 1942, elle attire l'attention de la presse sur les disques d'artistes s’étant vendu à un million d’exemplaires. Le premier est remis à Glenn Miller pour l’un de ses 78 tours. Peu à peu, le disque d’or devient une stratégie de promotion pour plusieurs firmes discographiques. En Allemagne, en 1962, Nana en obtient un grâce à la chanson "Weisse Rosen aus Athen". Celui-ci confirme le début d’une carrière internationale. Dans bien des cas, les artistes ne vendent pas toujours un million d’un seul enregistrement, mais certains cumulent plusieurs grands succès et il importe de les souligner. C’est le cas de Nana à ses débuts en Grèce; elle en reçoit un pour l’ensemble de ses 45 tours ayant battu des records de ventes.

Un million de roses blanches en Allemagne.

Avec le développement de l'industrie musicale, les disques d’or deviennent monnaie courante. Leur but premier: récompenser les opus ayant obtenu un grand succès commercial. Afin de standardiser les attributions, les associations représentant le marché du disque établissent un seuil de certification et exigent les preuves des ventes. Le nombre à atteindre varie en fonction du marché et de la population de chaque pays. Aux États-Unis, c'est 500 000 unités et en Nouvelle-Zélande 7 500. Après la crise du disque, dans les années 2000, le nombre exigé pour décerner la récompense est réduit. Au Canada, notamment, il passe de 50 000 à 40 000 exemplaires. 

 

L'ASSOCIATION DE L’INDUSTRIE CANADIENNE DE L’ENREGISTREMENT

En 1975, Music Canada, autrefois l’Association de l’industrie canadienne de l’enregistrement (CRIA), commence à récompenser les disques vendus au pays. À cette époque, les 45 tours sont plus populaires. Un disque d'or correspond à 75 000 exemplaires et un disque de platine à 150 000. En 1982, son seuil de certification devient identique à celui des albums, soit 50 000 pour l'or et 100 000 pour le platine. Afin de connaître ceux obtenus par un artiste, il suffit de visiter son site officiel. En consultant ses listes, il est intéressant de découvrir les titres les plus populaires et les chiffres atteints. Dans la section de Nana, on dénombre 20 albums d'or et de platine. Toutefois, ceux qui suivent sa carrière depuis des décennies peuvent s'étonner que certains disques n'y apparaissent pas. Ceux-ci sont demeurés plusieurs mois dans les palmarès et on les trouvait souvent en grandes quantités chez les disquaires. Avec raison, on peut penser qu'il y a eu des oublis. D'autant plus qu'il n'y a aucune trace de certains artistes qui ont été très populaires chez nous.

SUR QUATRE PÉRIODES

L'acquisition des disques d'or canadiens de Nana s'étale sur quatre périodes. Chacune d'elles a joué un rôle dans le développement de son succès à travers le pays. Des informations pertinentes nous amènent à pousser notre réflexion sur le sujet.

1- LONDON RECORDS (1963-1980) 19 disques d'or et de platine (6 reconnus par Music Canada)

En 1963, la compagnie London Records, basée à Montréal, prend en charge la distribution de ses enregistrements. L'année suivante, Nana commence à être connue par ses chansons francophones au Québec. Et à partir de 1967, elle présente ses propres tournées dans l'est du Canada. Grâce à ses enregistrements et ses retours fréquents, elle perce peu à peu du côté anglophone. En septembre 1974, London lui remet un disque d'or pour souligner son premier million de disques vendus à travers le pays. Cela démontre que la compagnie tient minutieusement ses statistiques de ventes. Sur autant d'unités, qui sait s'il n'y en a pas quelques-uns qui ont atteint 50 000 ou 75 000 exemplaires? De toute façon, à ce moment-là, il n'y a pas encore de chiffres établis pour octroyer une récompense. Chose certaine, il y a au moins l'album "Comme un soleil" puisque 18 mois plus tard, Nana reçoit un disque d'or pour les ventes ayant dépassé les 80 000 exemplaires.

Premier million de disques au Canada.

À partir de 1975, Nana rajoute l'ouest canadien à son itinéraire. En 1977, on peut estimer qu'elle est aussi populaire du côté anglophone que francophone. À preuve, cette année-là, cinq albums dans les deux langues sont certifiés or: "Le disque d'or", "Comme un soleil" (seconde fois or), "British Concert" (l'année suivante, il sera platine), "Une voix qui vient du cœur" et "Christmas with". Tous portent la marque de la CRIA.

En octobre 1979, Nana célèbre ses 20 ans de carrière sur la scène de l'Olympia de Paris. À cette occasion, la firme Phonogram lui remet 67 disques d'or du monde entier, dont 11 du Canada. Toutefois, on ne connaît pas les titres et ils n'apparaissent pas dans la liste de Music Canada. La plupart d'entre eux remontent sans doute à l'époque où la certification n'était pas encore instaurée. À ce moment-là, il est peu probable que les compagnies aient conservé en permanence tous les documents relatifs à leurs ventes.

2- CACHET & GRAND RECORDS (1979-1981) 8 disques d'or et de platine (5 reconnus par Music Canada)

De 1979 à 1981, ses nouveautés sont l'exclusivité de deux entreprises locales qui les distribuent sur tout le territoire nord-américain : Cachet Records et Grand Records. L'album "Roses & Sunshine" est or, platine et double platine et "Come with me", or et platine. Pourtant, Nana confirme à la presse que "Roses & Sunshine" est devenu triple platine (300 000 exemplaires) et "Come with me", double platine (200 000). Mais comme ces deux entreprises doivent fermer rapidement en raison d'une faillite, ont-elles le temps de lui préparer les encadrements? Avec Grand Records, "Roses & Sunshine" atteint le statut or. Dans ce cas aussi, lui a-t-il été attribué?

3- POLYGRAM (1980-1999) (8 disques d'or et de platine reconnus par Music Canada)

En 1980, la distribution de ses disques passe de London Records à PolyGram. Cette transition coïncide avec le pic de ses ventes du côté anglophone. Grâce à ses nombreuses tournées, ses albums continuent à très bien se vendre. Parmi ceux datant de l'époque de London, seuls sont récompensés: "Christmas with", platine, et "Spotlight on", or. Ce qui nous amène à croire que PolyGram n'a pas considéré les statistiques de son prédécesseur dans les chiffres de vente.

De nouveaux albums marquent cette période. Tout d'abord, en 1982, "Je chante avec toi liberté" qui touche l'or et le platine et "Song for Liberty", l'or. Ces trophées lui sont remis quatre ans plus tard. Et en 1988, c'est au tour de "Ma vérité" de devenir or. Avec la fin du vinyl, en 1990, une grande partie des statistiques disparaît du catalogue actif. Sans recherche exhaustive, il est impossible de connaître le nombre exact d'exemplaires vendus d'un disque depuis sa sortie. C'est sans doute pourquoi d'autres albums, très populaires, n'ont pas été certifiés. Le CD "The very best of - Only Love", sorti en 1991, est le seul autre titre des années PolyGram aparaissant dans la liste de Music Canada. Il est déclaré or et platine après trois ans.

4- UNIVERSAL (1999-2019) (1 disque d'or reconnu par Music Canada)

Depuis l'implantation d'Universal au Canada en 1999, l'industrie musicale a beaucoup changé. Les gens achètent moins de CD et écoutent davantage leur musique sur leurs appareils électroniques. Afin de satisfaire la demande, la firme approuve notamment l'achat de musique en ligne. Pendant cette période, les compilations de Nana se font de plus en plus nombreuses. La plus populaire, "Gold", porte bien son nom. Une promotion télévisée pendant plusieurs mois ainsi qu'une tournée à travers le pays en 2003 contribuent à ce qu'elle devienne disque d'or.

TÂCHE COMPLEXE ET POSSIBLES OUBLIS

Suivre les ventes de disques pendant plusieurs années peut s'avérer une tâche très complexe. Certains changent de titre ou de numéro de série. Et lorsqu’un format est discontinué, une partie des chiffres s'efface du catalogue actif. De plus, si une nouvelle franchise en réédite un, les statistiques antérieures ne font pas partie de leurs ventes. Pour certaines de ces raisons, il est logique de croire que plusieurs disques d'or ou de platine ont été oubliés. En attendant de les découvrir, on peut songer à ceux du Canada mentionnés dans ses programmes et dans les journaux dont on n'a aucune trace: "Nana's Book of Songs", "Gospel", "Quand on revient" et "Tu m'oublies". 

TÉMOINS ET RÉCOMPENSES

Les disques d'or sont apparus il y a trois quarts de siècle. Grâce aux seuils de certification établis par les diverses associations de l'industrie musicale, ils sont devenus plus accessibles. Si pour les compagnies ils sont les témoins de ventes importantes, pour les artistes, ce sont avant tout des récompenses. Nana, qui a enregistré une centaine d'albums, en a reçu plusieurs. Bien qu'ils ne soient qu'une imitation de métaux précieux, les disques d'or, de platine ou d'argent impressionnent, fascinent. Ils sont devenus sources de références pour les passionnés de statistiques. Et pour les auteurs-compositeurs, musiciens et producteurs qui y ont contribué, une fierté partagée.

 

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