Chants de mon pays

Recueil 2

DEUXIÈME DE TROIS ALBUMS INTERNATIONAUX

Écouter Nana chanter dans sa langue maternelle, c’est la découvrir telle que ses compatriotes l’ont connue et la voient. En effet, avant de devenir une ambassadrice de la chanson dans le monde, c’est en grec qu’elle a commencé sa carrière. Parmi ses seize albums grecs, trois ciblaient un public international. Comme mentionné au verso de sa pochette, celui dont il est question ici fait suite à son premier recueil "Mes plus belles chansons grecques". Son titre varie selon les pays et la langue qu’on y parle. L’original s’intitule "Chants de mon pays" et a vu le jour en France en septembre 1966. Partons à la découverte de son contenu, ses différentes pochettes et son parcours.

1) LE CONTENU

L’album, réalisé par Claude Dejacques, inclut douze chansons : six de Manos Hadjidakis, trois de Mikis Theodorakis, une de Mimis Plessas, Stavros Xarhakos et Georges Petsilas. Plus folklorique que le précédent, il est moins axé sur ses succès commerciaux. D’ailleurs, il n’y a que trois titres que Nana avait déjà enregistrés. De plus, son orchestration, plus sobre, se rapproche davantage de celui avec lequel le public de Nana est plus familier. Son ensemble, Les Athéniens, dirigé par son mari, Georges Petsilas, l’accompagnera pendant des années à travers le monde.

Face 1

01- Vrexi stin ftoxo gitonia
02- Itan kamari tis avgis
03- Lavrion
04- Me t'aspro mou mantili
05- Ena to chelidoni
06- Pame mia volta sto fengari

Face 2

01- To parathiri
02- Ypomoni
03- I ballada tou stratioti
04- Tora pou pas stin xenitia
05- Fengari mou
06- T'athanato nero

Dans les années qui ont suivi la parution de l’album, son public a été séduit notamment par trois titres : "Vrexi stin ftoxo gitonia" (Il pleut dans le pauvre quartier), dédié aux enfants réfugiés d’un quartier du Pirée. "Fengari mou" (Ma lune), qui fait référence à la beauté de la Lune. Et "Ypomoni" (Patience), chant des ouvriers interprété en choeur après une dure journée de travail. Un jour la vie sera plus belle, mais il faut garder patience. Il est étonnant que "Strosse to stroma sou", son plus récent succès grec enregistré en cinq langues, n’y soit pas.

Parmi les succès de ses débuts que Nana a le plus chantés dans sa carrière, on retrouve "Pame mia volta sto fengari" (Allons nous promener sur la Lune) et "Tora pou pas stin xenitia" (Maintenant que tu pars à l’étranger). 

PAME MIA VOLTA STO FENGARI

C’est l’une des premières chansons qui a fait connaître Nana dans son pays. Elle a été composée à son intention par Hadjidakis suite à leur première rencontre en 1958. Comme plusieurs de ses textes grecs, il fait référence à la Lune qui fait rêver.

TORA POU PAS STIN XENITIA

Ce chant, interprété dans des festivités, a pour but de chasser la peur des pêcheurs d’éponges qui doivent repartir en mer. Il figure parmi les cinq titres que Nana interprétait dans le documentaire "Traumland der Sehnsucht" (Grèce, pays de rêve) qui a remporté un Ours d’argent au Festival du film de Berlin en 1961.  

2) LES DIFFÉRENTES POCHETTES

Le microsillon, pressé dans 12 pays, ne compte pas moins de cinq pochettes différentes.

L’ORIGINALE

Sur la couverture originale, Nana apparaît devant le Parthénon. Elle porte une blouse rose et jaune et des pantalons beiges. Son nom est imprimé en jaune et le titre en orange. Au verso, elle est photographiée sur la colline des Muses qui offre une superbe vue de l’Acropole. La photo est en noir et blanc, mais son nom et le titre sont en couleur. De plus, un texte de présentation accompagne chacun des titres. Cela permet à ceux qui ne parlent pas le grec de se faire une idée des chansons. Notons que les deux photos ont été prises par son mari en vue de cette pochette. Elles ont de quoi nous faire rêver, nous donner envie d’aller en Grèce.

GRÈCE

Comme sa sortie en Grèce coïncidait avec le début de la junte militaire, son contenu a dû être modifié, car plusieurs poètes et musiciens étaient bannis. Parmi eux, Mikis Theodorakis. En conséquence, ses trois chansons ("Vrexi stin ftoxo gitonia", "Ena to chelidoni" et "T'athanato nero") ont été remplacées par d’autres d’Hadjidakis ("Manoula mou", "Kathe trello pedi" et "Hartino to fengaraki"). Évidemment, cela a un peu modifié l’ordre des chansons. La pochette est demeuré semblable à l’originale, mais sans les textes de présentation au verso.

ÉTATS-UNIS & CANADA

En mai 1967, c’était au tour des Américains de se le procurer. Là-bas, sa présentation est différente et il porte le titre "Songs of my Land". Sur la couverture, Nana porte un pull rouge et pose à côté d’un tronc d’arbre. Au Canada, une édition spéciale est parue sous étiquette Mercury avec un contour bleu. Le verso est le même qu’aux États-Unis, avec les textes en anglais. L’un comme l’autre compte dix chansons plutôt que douze. "Pame mia volta sto fengari" et "T'athanato nero" n’y sont pas.

ANGLETERRE

Quant aux Anglais, ils ont sorti leur version : "Songs of my Country" avec une jolie photo inédite. Toute souriante, Nana porte une blouse beige. Le fond est bleu-gris. Son nom est écrit en bleu et le titre en rose. Au verso, aucun visuel, que la présentation des chansons traduite différemment. Avec la pochette originale, c’est la plus reprise dans les autres pays.  

ISRAËL

En 1975, "Chants de mon pays" faisait toujours partie du catalogue actif de Nana. Cette année-là, la firme israélienne l’a édité avec la pochette de l’album double hollandais. La couverture : Nana devant un décor grec. Le verso : la page intérieure gauche avec diverses photos en noir et blanc. Fait à noter : l’ordre des chansons diffère.

CORÉE DU SUD

En 1993, la dernière version vinyle paraissait en Corée du Sud : "Songs of my Land". Sur la couverture, Nana est assise sur l’herbe. Sur le verso vert, apparaît la même photo en petit format et les titres. Il faut mentionner que là-bas "Me t’aspro mou mantili" est considérée comme une des mélodies du siècle. C’est pourquoi Nana l’a enregistrée en coréen.

DOUBLE

En plus de toutes ces éditions intéressantes, "Chants de mon pays" est également sorti en album double avec "Mes plus belles chansons grecques". Le plus courant, celui avec la photo devant un décor de dômes blancs. À l’intérieur de la pochette hollandaise, il y a diverses petites photos et une plus grande de profil. Au verso, les ruines du temple d’Apollon à Delphes. En France, les deux microsillons sont intégrés dans un coffret avec un encart. Et en Nouvelle-Zélande, "Songs of my Country" est paru avec une pochette rouge ouvrante. Sur la photo principale, Nana chante dans un studio de télévision. Au verso, elle est avec Les Athéniens. À l’intérieur, il y a une grande photo prise sur scène. Pour chacune de ces éditions, l’ordre des chansons a été modifié.

3) SON PARCOURS

RÉCOMPENSE

Cet album a reçu de nombreux éloges de la part de ceux qui s’intéressent aux chansons grecques, comme Luis, cet admirateur chilien. Dès qu’il a découvert ce disque, il a été émerveillé par sa voix, son interprétation et s’est mis à apprendre la langue. En 1974, alors que Nana était au sommet de sa popularité en Australie, "Songs of my Country" comptait parmi ses 19 albums certifiés or.

EPs ET TRADUCTIONS

De plus, il a généré deux EPs : une cassette 4 titres en France et un super 45 tours en Yougoslavie "Pesme moje zemlje". En tout, huit des douze chansons sont parues en 45 tours. Au cours des années, Nana a enregistré cinq de ces chansons en français.  

CD

À partir de 1993, l’album est sorti en CD. Tout d’abord, en Corée du Sud. Ensuite en Grèce avec leur propre version. Et en 2004, il a été jumelé avec "Le jour où la colombe…" en CD digipack pour son intégrale française.

UN SUPERBE RÉPERTOIRE   

Pour conclure, j’aimerais préciser que pour Nana, enregistrer un album dans sa langue maternelle est une occasion de constater qu’elle n’a pas perdu ses racines. De plus, ce deuxième recueil grec distribué sur les cinq continents, a permis à son public et aux amateurs de musiques du monde de connaître un échantillon de ce superbe répertoire. Partout, il a été bien accueilli. Certaines firmes ont même tenu à l’adapter en traduisant le titre et en modifiant sa présentation. Bien sûr, l’essentiel demeure l’enregistrement. Tout en rédigeant cet article, j’ai eu le plaisir de le réécouter en entier et je comprends parfaitement l’émotion qu’il a dû susciter. Rendez-vous pour un prochain compte rendu!